Francesco CORNELIANI (Milan 1742 - 1814)

Lot 10
6 000 - 8 000 €
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Francesco CORNELIANI (Milan 1742 - 1814)

Saint Laurent
Toile rectangulaire à surface peinte ovale 92,5 x 73,5 cm
Sans cadre

Les yeux tournés vers le ciel et la palme du martyre dans les mains, le jeune diacre Laurent est célébré dans ce tableau comme un des premiers martyrs chrétiens. Il porte une dalmatique rose-violacé parfaitement en accord avec la couleur tabac de la paroi de fond, d'où émerge de l'ombre la grille utilisée par les bourreaux.

La peinture contrôlée, toute en glacis, la répartition rapide des lumières sur les habits et sur les carnations, ainsi que le dessin frénétique de mains, nous restituent le style d'un peintre d'empreinte classique déjà actif au XVIIIe siècle. Nonobstant les évidentes parentés stylistiques avec des oeuvres émiliennes (de Francesco Monti ou d'Ubaldo Gandolfi) ou vénitiennes (celles de Giovan Battista Crosato), le tableau appartient à l'école lombarde, proche des oeuvres de Pietro Antonio Magatti (1691-1767). La palette modérée du tableau, toute en demi-tons, une rédaction posée et une grande rigueur dans le dessin et la composition restituent la solennité et le décorum au sujet sacré et nous permettent de reconnaître le caractère austère de l'école lombarde.

Redécouvert récemment, Francesco Corneliani est un artiste protagoniste de la scène milanaise de la seconde moitié du XVIIIe siècle (A. Morandotti, «Francesco Corneliani (1742-1814). Realtà e senso nella tradizione pittorica lombarda», Nuovi Studi, I, 1996, 2, pp. 80-110; A. Morandotti, «La pittura», Milano neoclassica, Milan, 2001, pp. 419-443; A. Morandotti, «Opere di Gregorio De Ferrari e Francesco Corneliani in giro per l'Europa», Nuovi Studi, XII, 2007, 13, pp. 131-138).
Né dans une famille d'orfèvres, Corneliani se forme à Milan sur les bancs de l'Accademia Ambrosiana. Le doute subsiste sur sa fréquentation de l'école de Gaetano Callani à Parme (1760-1764), attestée par des sources anciennes, étant donné que l'oeuvre la plus significative de sa jeunesse, le cycle de toiles peintes aux sucs végétaux pour la famille Verri en 1768, témoigne de l'enracinement de l'artiste dans la culture milanaise.

Sur la base d'une constante méditation des modèles des meilleurs maîtres lombards des XVIIe et XVIIIe siècles (de Giulio Cesare Procaccini à Daniele Crespi, des frères Nuvolone à Legnanino), Corneliani se pose comme l'interprète le plus sensible de la tradition classicisante lombarde avant l'arrivée d'Andrea Appiani sur la scène artistique. La méditation approfondie des modèles de Corrège, connus grâce à divers séjours à Parme, favorise l'accroissement de la sensibilité naturelle du peintre pour la douceur et la grâce, répandues en égales mesures dans ses oeuvres de sujet sacré comme dans celles de caractère profane (Voir E. Bianchi, «Tra Arcadia e Neoclassicismo: il pittore milanese Francesco Corneliani (1742-1814)», Arte Cristiana, LXXXIII, 1995, pp. 435-446; pour d'autres précisions, voir A. Morandotti 1996, pp. 86-88).

Dans ce tableau, la tête du saint, d'une diaphane et délicate beauté, est parfaitement comparable à la série des têtes des protagonistes du cycle de l'Énéide réalisé à la Villa Serbelloni de Tremezzo, sur le Lac de Côme (Voir A. Morandotti 1996, fig. 103-114 et A. Morandotti, 2001, pp. 103-111).
Les yeux du saint allumés de petits éclats de lumière, la touche lumineuse sur son nez et sa bouche entr'ouverte trouvent des échos ponctuels dans les détails analogues visibles dans la tête d'Enée dans Énée soigné par Vénus. La main du saint tournée vers le spectateur semble issue du même modèle utilisé par le peintre pour réaliser la main d'Anchise dans Énée et Anchise. La consistance vaporeuse de la matière picturale, précieuse comme un pastel, accentue la sensualité quasi féminine du visage du saint, selon des critères de style habituels dans l'oeuvre du peintre, surtout dans les années de la maturité, époque à laquelle appartient ce tableau.
Notre tableau peut être situé vers 1780, à l'époque de la réalisation du cycle de la Villa Serbelloni Tremezzo, à la période la plus heureuse de l'artiste, héraut des «bellezze lombarde» avant qu'apparaisse Andrea Appiani.

Nous remercions Alessandro Morandotti d'avoir rédigé cette notice.
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