Masque Yaouré-Baoulé, République de Côte…

Lot 27
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Masque Yaouré-Baoulé, République de Côte…

Masque Yaouré-Baoulé, République de Côte d'Ivoire
Bois à patine brun foncé, clous en métal
H. 46,2 cm - L. 32 cm
Yaure-Baule mask, Côte d'Ivoire
H. 18.11 in - W. 12.60 in

Provenance:
- Nelson A. Rockefeller, New York
- Museum of Primitive Art, New York
- Metropolitan Museum of Art par décession, New York
- Sotheby's New York, le 22 avril 1980, lot 39
- Collection privée

Publication:
- Daniel Biebuyck, Tradition and Creativity in Tribal Art, University of California, 1969, planche 6

Exposition:
- University of Massachusetts, Africa Below the Sahara, 18 mars-18 avril 1960
- Northampton, Mass., Smith College Museum of Art, 18 avril-8 mai 1960
- Chicago, Art Institute of Chicago, The Traditional Sculpture of Africa, 12 octobre-12 novembre, 1961
- Denver, Denver Art Museum, African Art, 22 mars-17 mai 1964
- New York, Museum of Primitive Art, exposition 43
- New Paltz, New York, State University College Art Gallery, Traditional African Tribal Sculpture, 22 octobre-10 novembre 1967
- New York, Metropolitan Museum of Art, Art of Oceania, Africa and the Americas from the Museum of Primitive Art, 10 mai-1er septembre 1969, n°331
Ce masque Yaouré/Baoulé regroupe toutes les qualités que l'on peut attendre d'un ‘grand' objet d'art africain:
- son ancienneté certaine avec une patine presque laquée variant du noir au rouge foncé.
- ses dimensions qui lui donnent une présence exceptionnelle.
- le raffinement de la sculpture qui en fait un masque sublime.
- enfin, une provenance prestigieuse: acheté par Nelson A. Rockefeller, donné par ce dernier au Museum of Primitive Art, New York, puis transféré au Metropolitan Museum of Art, New York.
Masque yaouré-baoulé (Lo ou Adiemele)
 

Dans sa splendeur calligraphique, ce masque est un magnifique témoignage de l’art des sculpteurs de la moyenne vallée du Bandama, tel qu’il s’est épanoui il y a plusieurs décennies à l’ouest de Yamoussoukro, entre Koubi (village de sculpteurs yaure[1], où vivait le célèbre Kouakou Dili, un des rares maîtres anciens dont on connaisse le nom[2]) et à moins de trente kilomètres, divers village baule d’un sous-groupe, les Akwé. Mais cette proximité géographique explique aussi la difficulté pour attribuer avec certitude ce masque à tel ou tel --- bien que sa fonction soit différente chez ces deux peuples, et même antithétique.
Il exprime en tout cas à la perfection le classicisme de ce style qui, par-delà l’unité fondante du modelé, est soutenu par une architecture et un savant jeu d’échos plastiques : les courbes de la coiffure finement tressée en haut du front bombé, agencée en trois arcs traditionnels (nommés tre ba) répondent aux demi-cercles des arcades sourcilières simplement suggérées par deux sobres lignes de cils. Si elles se rejoignent au sommet de l’arête nasale, c’est pour mieux se fondre en elle et mener le regard vers les ailes du nez superbement ciselées, qui donnent presque l’impression de palpiter, puis vers la bouche ronde, tendue vers l’avant.  D’après les sculpteurs, lorsqu’on les interroge, des lèvres ainsi disposées en cercle indiquent que la personne représentée siffle pour manifester son assurance lors de périls. De même, les paupières presque closes, qui suggèrent le recueillement, expriment une intensité contenue. Très discrètement, trois scarifications en forme de carré et de rectangles ornent les tempes et la racine du nez, laissant ainsi les joues et le front libres de toute marque, pour mieux mettre en valeur l’éclat du bois. Quant à la frise de petits triangles qui entoure le masque, elle est, disent encore les sculpteurs yaure, la « signature » de leur style, mais cette décoration a été reprise par les Baule-Akwé pour jouer le rôle d’un « cadre » qui magnifie le visage.
Toutefois, comme souvent dans le centre de la Côte d’Ivoire, ce masque ne se limite pas exclusivement à une face humaine – symbole de l’ordre social -, il greffe avec virtuosité sur le sommet de la tête des cornes animales – image de la brousse mais aussi signes de puissance. Cet ornement vise à accroître l’hégémonie d’une divinité (le yu) dans sa lutte contre les maléfices : si étrange que cela puisse paraître, ce masque placide et serein matérialise chez les Yaure une entité surnaturelle, dangereuse, qu’il importe de conjurer pour la rendre bienveillante. Il intervient dans un ensemble hiérarchisé – nommé Lo -- de sept masques, juste après les heaumes janiformes aux gueules animales, afin d’imposer le rêve d’une nature et d’une humanité réconciliées[3].
 Géographiquement proches des villages yaure, les Baule-Akwé, de culture et de langue néanmoins différentes, ont repris le modèle de ce masque. En effet, les Baule, qui sont des Akan arrivés en Côte d’Ivoire au XVIIIe siècle, ne possédaient pas de masque dans leur région d’origine, au Ghana (auprès des Ashanti qui en ignorent l’usage). Ils empruntèrent cette pratique aux populations autochtones, notamment aux Yaure (qui sont des Mandé). Mais ils abandonnèrent entièrement la fonction de ce masque, ses liens avec le surnaturel, ainsi que le réseau d’interdits qui lui était attaché. Chez les Baule, l’emprunt s’est accompagné d’une sorte de « laïcisation », puisque ce masque intervient désormais au cours d’une fête divertissement, ouverte à tous, dans des ensembles appelés selon les régions Adiemele, Ajusu ou Gbagba[4]. Comme ce masque anthropozoomorphe est chargé d’amuser le public, le danseur imite la démarche d’un quadrupède, puis de jeunes garçons miment une chasse et font semblant de le tuer avec des fusils en bois avant de l’emporter en triomphe.


[1] Le nom de Yaure – avec une graphie anglo-saxonne -- est employé dans les catalogues. En Côte d’Ivoire, le nom de ce peuple s’écrit (et se prononce) Yohouré.
[2] Sur les masques des Yaure et sur Koubi, voir : Alain-Michel Boyer, Les Yohouré de Côte d’Ivoire. Faire danser les dieux, Lausanne, Editions « Ides et Calendes », 2016, pp. 164-179. Traduction anglaise : The Yaure of Côte d’Ivoire, Make the Gods Dance, Geneva, Cultural Foundation Barbier-Mueller, 2016, p. 38-39 .
[3] Voir : Alain-Michel Boyer, Les Yohouré de Côte d’Ivoire. Faire danser les dieux, Lausanne, Editions « Ides et Calendes », 2016, pp. 164-179. Traduction anglaise : The Yaure of Côte d’Ivoire, Make the Gods Dance, Geneva, Cultural Foundation Barbier-Mueller, 2016, pp. 164-179.
[4] Sur ce type de masque chez les Baule, voir : Alain-Michel BOYER : Baule, Milan, 5Continents, 2009, p.66-71. Traduction anglaise, même éditeur, mêmes références
Alain-Michel Boyer


The Yaure-Baule Mask from the Nelson A. Rockefeller
Yaure-Baule Mask, Côte d'Ivoire
H. 18.2 in - W. 12.6 in

Provenance:
-Nelson A. Rockefeller, New York
-Museum of Primitive Art, New York
-Metropolitan Museum of Art from decession, New York
-Sotheby's New York, April 22nd 1980, lot 39
-Private collection

Publication:
-Daniel Biebuyck, Tradition and Creativity in Tribal Art, University of California, 1969

Exhibition:
-University of Massachusetts, Africa Below the Sahara, March 18th-April 18th 1960
-Northampton, Mass., Smith College Museum of Art, April 18th -May 8th 1960
-Chicago, Art Institute of Chicago, The Traditional Sculpture of Africa, Oct. 12th-Nov. 12th, 1961
-Denver, Denver Art Museum, African Art, March 22nd-May 17th 1964
-New York, Museum of Primitive Art, exhibition 43
-New Paltz, New York, State University College Art Gallery, Traditional African Tribal Sculpture, Oct. 22nd-Nov. 10th 1967
-New York, Metropolitan Museum of Art, Art of Oceania, Africa and the Americas from the Museum of Primitive Art, May 10th-Sept. 1st 1969, n°331
Yaure-Baule mask (Lo or Adiemele)




In its calligraphic splendour, this mask is a magnificent example of the art of the sculptors in the middle Bandama valley, as it developed there several decades ago to the west of Yamoussoukro, between Koubi (Yaure1 sculptors' village, home to the famous Kouakou Dili, one of the few old masters whose name is known2) and various villages of a Baule sub-group, the Akwé, less than thirty kilometres away. However, this geographical proximity also explains the difficulty in attributing this mask to either one with certainty - although its function is different, and even antithetical, between these two tribes.
In any case it perfectly expresses the classicism of this style which, beyond the merging unity of the modelling, is supported by an architecture and a skilful interplay of visual echoes: the curves of the finely braided hair at the top of the domed forehead, styled into three traditional arcs (called tre ba) reflect the semi-circles of the brow arches suggested simply by two sober lash lines. They meet at the top of the nasal ridge, all the better to merge with it and attract our gaze to the superbly chiselled outsides of the nostrils, which almost seem to palpitate, then to the round, puckered mouth. When asked, the sculptors say that lips arranged in a circle like this mean that the person is whistling in order to show their self-assurance in times of peril. Likewise, the half-closed eyelids, which suggest contemplation, express a contained intensity. Very discreetly, three square and rectangular scarifications adorn the temples and the root of the nose, leaving the cheeks and forehead free of any marks, to make the most of the gleaming wood. Meanwhile, according to the Yaure sculptors, the frieze of small triangles around the outside of the mask is the “signature” of their style, but this decoration was later used by the Baule-Akwé to play the role of a “frame” that makes the face stand out.
However, as is often the case in central Côte d'Ivoire, this mask is more than just a human face - which is the symbol of social order. Animal horns have been cleverly added to the top of the head, as an image of the bush but also as a sign of power. This ornamentation is designed to increase the hegemony of a divinity (the yu) in its struggle against evil: strange as it may seem, to the Yaure, this placid and serene mask embodies a dangerous supernatural entity that has to be made benevolent using magic. It is placed in a hierarchical choreographic ensemble - called Lo - of seven masks, coming just after the janiform helmets with animal faces, in order to assert the dream of reconciliation between nature and humanity3.
Despite being geographically close to the Yaure villages, the Baule-Akwé have a different culture and language. They copied this mask design. The Baule, Akan people who arrived in Côte d'Ivoire in the 18th century, did not actually have a mask in their original homeland in Ghana (among the Asante, who knew nothing of mask use). They borrowed this practice from the indigenous populations, especially the Yaure (who are Mande). Yet they entirely abandoned this mask's function, its links with the supernatural, and the system of prohibitions that was attached to it. When borrowed by the Baule, the mask underwent a kind of “secularisation”, since this mask is now used for entertainment during a festival which is open to all, in ensembles called Adiemele, Ajusu or Gbagba4 depending on the region. As this anthropo-zoomorphic mask is used to amuse the public, the dancer imitates a quadruped walking, then young boys mimic a hunt and pretend to kill him with wooden guns before carrying him off triumphantly.
Alain-Michel BOYER

1 The name Yaure - with an Anglo-Saxon spelling - is used in catalogues. In Côte d'Ivoire, this tribe's name is written (and pronounced) Yohouré.
2 For information on Yaure masks and Koubi, see: Alain-Michel Boyer, Les Yohouré de Côte d'Ivoire. Faire danser les dieux, Lausanne, Editions “Ides et Calendes”, 2016, pp. 164-179. English translation: The Yaure of Côte d'Ivoire, Make the Gods Dance, Geneva, Cultural Foundation Barbier-Mueller, 2016, p. 38-39.
3 See: Alain-Michel Boyer, Les Yohouré de Côte d'Ivoire. Faire danser les dieux, Lausanne, Editions “Ides et Calendes”, 2016, pp. 164-179. English translation: The Yaure of Côte d'Ivoire, Make the Gods Dance, Geneva, Cultural Foundation Barbier-Mueller, 2016, pp. 164-179.
4 For information on this type of mask among the Baule, see: Alain-Michel BOYER: Baule, Milan, 5Continents, 2009, p.66-71. English translation, same publisher, same references.
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