COUPLE DE STATUES ORACLES SÉNOUFO KAFIGELEDIO,…

Lot 23
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COUPLE DE STATUES ORACLES SÉNOUFO KAFIGELEDIO,…

COUPLE DE STATUES ORACLES SÉNOUFO KAFIGELEDIO, DISTRICT DE KORHOGO, CÔTE D'IVOIRE
Bois, fibres, plumes et cauris
H. 75 cm (85 cm avec les plumes)
SENUFO PAIR OF ORACLE KAFIGELEDIO FIGURES, KORHOGO DISTRICT, IVORY COAST
H. 29.52 in (33.46 in with feathers)

Provenance:
- Collection Eddy Hof, La Hague
- Galeria Arte y Ritual, Ana et Antonio Casanovas, Madrid
- Collection Béatrice et Patrick Caput, Paris

Publication:
- Patrick Caput et Valentine Plisnier, Arts d'Afrique. Portraits d'une collection, 2016, p.102-103

Exposition:
- Bruxelles, Galerie Ana et Antonio Casanovas, juin 2003

Appelées kafigeledio (littéralement «celui qui montre la chose blanche», qui énonce la vérité), ces œuvres saisissantes étaient employées par les Sénoufo à des fins divinatoires et conjuratives, pour dénoncer et punir les malfaiteurs et les menteurs. Puissantes et troublantes, elles représentaient des esprits invisibles, qui se camouflaient dans la nature. Les couples sont rares au sein de cette iconographie.
Les visages sont couronnés d'un diadème de plumes. Les yeux sont figurés par des cauris. Des bâtons sont disposés à la hauteur des épaules. Articulés, ils pouvaient être dirigés pour désigner les coupables. Dotées de redoutables pouvoirs surnaturels, ces statuettes en bois sont entièrement recouvertes d'un costume de jute, semblable à celui que portaient les danseurs masqués du poro.

GOGA, CASQUE-TROPHÉE DE CULTIVATEUR ÉMÉRITE (PROTO-SÉNOUFO)
Jadis, au sud du Mali, l’activité rurale, parfois ritualisée en d’exceptionnelles circonstances, donnait naissance à des oeuvres surprenantes1. Si étrange que cela puisse sembler, ce « casque » clôturait une cérémonie honorant un « champion de culture », un agriculteur qui, au terme d’une compétition, était parvenu à la fin d’une parcelle avec une avance certaine sur ses concurrents. Il recevait un titre : sambali (« maître cultivateur ») et un trophée, un « chapeau de bois » ou goga, arborant à son sommet une statue de jeune femme. Ainsi coiffé, il dansait alors, accompagné de musiciens et d’un choeur du village. Comme il était jeune, célibataire, la figure sommitale, sur le casque-socle transmué en globe, évoquait symboliquement la jeune fille qu’il était en droit de recevoir comme épouse, puisque, grâce à son ardeur au travail, il était désormais recherché pour un mariage avec une adolescente de bonne famille – les alliances matrimoniales étant gérées par les patriarches. Mais cette figure magistrale a aussi pour rôle d’exalter l’ascendant qu’exerce toute jeune femme : son charme (célébration de sa sveltesse, de sa grâce, avec la rectitude du maintien, souligné par l’axe vertical de la colonne du dos, de la nuque, de la tête dressée sur un long cou, signe de beauté ; mais avec un fessier proéminent, autre marque ostensible d’élégance pour les jeunes filles en Afrique, pour séduire les hommes) ; sa distinction (la crête de sa coiffure lui confère explicitement un rang qui l’empêche de se livrer à des tâches subalternes : le port d’un colis sur la tête, comme c’est la règle pour les femmes de la région) ; et enfin les promesses de fécondité – seins coniques, fortement allongés, ombilic protubérant désignant à la fois le lien charnel, la marque du lignage et la prospérité (un proverbe le confirme : « Epouser une femme au gros nombril apporte chance et bonheur »).
Alors que les casques-trophées se caractérisent souvent par une surenchère d’ornements, de stries, celui-ci, c’est son atout, se distingue par d’éminentes qualités de sobriété, de retenue, de simplicité ; sa rigueur plastique, son dépouillement lui octroient un surcroît d’éclat. La patine brillante, noircie, les surfaces lissées, lustrées, qui mettent en valeur le galbe des jambes, du torse, du ventre, témoignent d’un usage séculaire.
La stylisation dégage une saisissante puissance d’expression, au service de l’allusif, puisque la composition élude le superflu, avec un remarquable sens graphique, grâce au choix de proportions emblématiques, à l’opposé de l’illusionnisme naturaliste : raccourcis virtuoses des jambes,
allongement démesuré des bras amincis, élimination des mains. Et aussi grâce au profil de la tête approximativement hémisphérique, qui semble céder à la tentation géométrique, avec le menton triangulaire, l’ovale de la face, les demi-cercles du crâne, des cheveux, des oreilles : autant d’échos plastiques. Mais, en étant prodigieusement allongée vers l’avant, elle acquiert un étonnant dynamisme: elle se termine par un visage presque minuscule, délicat, traité de manière calligraphique ; le nez, la bouche et les yeux, finement ciselés, donnent l’impression d’être juste esquissés pour mettre en valeur l’adoucissement des traits, polis par des milliers de doigts. L’ancienneté d’une telle oeuvre s’explique parce que le « champion de culture » n’était pas le dépositaire toute sa vie de ce trophée, transmis à un successeur lors de la compétition suivante. A sa mort, on déposait, pour l’honorer, près du lit funéraire où il reposait, une pile d’ignames. Le nouveau détenteur du trophée - qui lui avait succédé dans le titre de sambali - apportait alors le casque qu’il gardait chez lui, le posait à ses côtés pendant la durée des obsèques. Ce passage de relais est capital en ce qui concerne l’âge de l’objet. Sans qu’il ne fût jamais renouvelé, refait, resculpté, les générations s’écoulaient. L’oeuvre était soigneusement conservée par chaque tenant du titre, dissimulée sous le toit ; considérée comme infiniment précieuse, elle transportait en elle, dans sa patine, son odeur, la sensualité de ses courbes, le souvenir de tous les ancêtres disparus.
Alain-Michel BOYER
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