Ɵ Masque Grebo, Libéria Bois et pigments…

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Ɵ Masque Grebo, Libéria Bois et pigments…

Ɵ Masque Grebo, Libéria
Bois et pigments
H. 44,8 cm - L. 25,4 cm - P. 12,7 cm
H. 17.3 in - W. 10 in - D. 4.7 in

Provenance:
- Mario Meneghini, Italie, collecté au Liberia en 1968
- Sotheby's New York, 19 mai 2000, lot 226
- Collection privée

Exposition:
- Le Grande Scultura dell'Africa Nera, Forte di Belvedere, Florence, 15 juillet - 29 Octobre 1989
- Le Grand Héritage - Sculptures de l'Afrique Noire, Musée Dapper, Paris, 25 mai - 15 septembre 1992
- Miniature Masks from West Africa: Lorenzelli Arte, Milan, octobre - décembre 1997
- Africa - Capolavori da un Continente, Galleria d'Arte Moderna, Turin, 2 octobre 2003 - 15 février 2004

Bibliographie:
- Mario Meneghini, The Grebo Mask, African Arts, 1974, p. 37, fig. 3
- Ezio Bassani, La Grande Scultura Dell'Africa Nera, Florence, 1989, p. 239, fig. 46.
- Ezio Bassani, Le Grand Héritage: Sculptures de l'Afrique Noire, Paris: Musée Dapper, 1992, p. 150
- Karl Ferdinand Schaedler, Afrikanische Kunst: Stilformen u.Kultgegen-stände von mehr als 100 Stämmen, Munich: Heyne, 1997, p. 52, fig. 24
- Aldo Tagliaferri, Miniature Masks from West Africa, Milan, 1997, p. 52
- Ezio Bassani, Africa: Capolavori da un Continente, Florence: Artificio Skira, 2003, p. 190, planche 3.24

Les masques des Grebo - comme cette oeuvre magnifique de sobriété, de rigueur, de vigueur - furent parmi les premiers à parvenir en Occident.
Leurs formes stupéfiantes subjuguèrent les artistes, Picasso notamment qui s'en inspira pour sa célèbre « Guitare » de 1912, la première sculpture cubiste. Ce que révèle ce chef-d'oeuvre avec éclat: à l'opposé d'autres masques africains connus au début du XXe siècle, ce n'est pas la représentation d'un animal ou d'un individu, mais un panneau, en deux parties: un front bombé, étonnamment allongé (car il servait de socle à une haute coiffe de plumes) et sous la dépression qui marque la zone oculaire, un visage qui reste plat, mais sur lequel les organes de la vue, de la parole, de la respiration sont évoqués par trois types de protubérances. Trois configurations géométriques pour symboliser la face humaine.
Rectangle, triangle, cercle: un parallélépipède remplace la bouche, une planchette de forme pyramidale figure l'arête nasale, deux cylindres se substituent aux yeux. Et en inversant les principes du réalisme, creux et ouvertures se transforment en excroissances. Bien plus: ces saillies sont privées d'orifices: narines absentes; cavité buccale représentée par une césure infime; yeux obturés où des cercles aveugles peints d'ocre très clair sur l'extrémité plate des cylindres dessinent des pupilles délibérément élargies. Toutefois, au milieu du front, deux cavités circulaires, de même teinte et de dimension similaire, introduisent un double écho plastique, en un art savant du contrepoint pour, sur ce masque de contrôle, intensifier l'idée de vigilance, redoubler les yeux inquisiteurs, mais d'une manière exclusivement emblématique. Et comme pour les multiplier encore, animer et égayer la surface, des taches beiges ont été apposées sur le fond plus sombre.
Remarquable par sa forme à la fois ample et dense, sa polychromie la plus discrète qui soit, ce masque exceptionnel est manifestement très ancien. Plusieurs signes le prouvent avec évidence: les couches successives de pigments qui, à la suite d'une longue utilisation, se détachant par endroits, furent recouvertes par d'autres; une patine croûteuse et, au dos, contre le visage du porteur, les marques ostensibles des frottements, de la sueur, de l'usure; les nombreuses atteintes des xylophages (à l'origine, cet objet était conservé à l'écart du village, dans la clairière sacrée); les percements près des yeux tubulaires sont rustiques (leur apparence au dos du masque l'atteste encore plus clairement) car effectués non pour séduire, mais pour une unique exigence: permettre au porteur de s'orienter, à la différence des orifices trop réguliers de tant d'autres masques analogues. On retrouve même intacts la gorge latérale qui permettait d'attacher costume et atours et, à la périphérie du front, tous les trous destinés à fixer la parure sommitale.
Ce masque a été collecté par un chimiste milanais, Mario Meneghini (1926-2008). Il est reproduit (fig. 3) dans un article qu'il publia dans
African Arts (vol. 8, N°1, 1974, pp. 36-39), « The Grebo Mask ». Mais il fut acheté par lui en 1968, après avoir été en fonction durant plusieurs décennies. Car Meneghini s'installa au Liberia en 1957 pour rejoindre son frère qui dirigeait déjà une entreprise dans ce pays; il y vécut aussi avec sa famille, pendant 23 ans, jusqu'en 1980 (début de la guerre civile), en collectant de manière intensive, à partir de 1963, masques et statues au Liberia, en Guinée, en Côte d'Ivoire.
Chez les Grebo, ce masque intervenait dans plusieurs cérémonies, des funérailles notamment, mais aussi, jadis, pour stimuler les guerriers lors de conflits, puis les accueillir à leur retour et, en surveillant les participants, veiller au maintien de l'ordre (Cf. Alain-Michel Boyer: « Grebo Art/L'art des Grebo», Arts&Cultures, 2010, pp. 134-151). Mais si un tel masque a pu, à tel point, fasciner Picasso et les collectionneurs, c'est aussi parce que, parmi les oeuvres de ce peuple, il est, sur le plan artistique, une rareté. Une exception, contrairement à ce que l'on croit souvent: lors d'une cérémonie, il intervenait parmi d'autres masques figuratifs, tous des visages ornés de cornes d'animaux.
Alain-Michel BOYER
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